Ecologie et nouveau pacte avec le vivant : Aurelien Barrau

Ci dessous la retranscription de l’intervention au Climax festival 2018, de Aurelien BARRAU, astrophysicien français spécialisé dans la physique des astroparticules, et signataire de l’appel face au “plus grand défi de l’humanité”

“La situation elle est dramatique à beaucoup de niveaux différents.”

A la fois très content d’être ici et un peu triste en fait, parce que ce que l’on évoque est assez tragique en réalité. C’est vrai que quand on m’a proposé de venir je me suis tout de suite imaginé faire un petit exposé scientifique comme tu viens de m’y enjoindre à nouveau, voire philosophique enfin ce que je sais un peu faire, mais finalement je vais un peu vous piéger car ce n’est pas du tout ce que je vais faire. Je vais utiliser mes 10 minutes pour vous parler politique essentiellement, parce que je crois que face à l’urgence on n’a plus le choix en réalité.

La situation elle est dramatique à beaucoup de niveaux différents.

Elle est dramatique, on le sait, c’est maintenant bien médiatisé, pour ce qui concerne le changement climatique, le dérèglement climatique qui ne fait plus question et dont l’origine entropique, c’est à dire humaine, est actée.

Elle est aussi dramatique, et la je peux peut être faire un point scientifique, du point de vue de l’utilisation exponentiellement croissante des ressources dans un monde de taille fini. CELA n’est pas possible. Cela n’est pas durablement possible. En physique, dans mon domaine, on appelle cela une instabilité. Et un système instable, est un système qui va crasher automatiquement.

“Nous sommes donc en train de mettre en œuvre, le crash du système planète terre, ce qui est un peu contrariant.”

La situation, est au moins aussi dramatique, on en parle moins en ce moment, du point de vue de la pollution de l’eau, de l’air, des sols, et je dirais que les effets sur la biodiversité sont comparable voire supérieur à ceux du réchauffement climatique.

Et enfin la situation est dramatique, et on en parle beaucoup moins en ce moment alors que c’est tout aussi grave, de part l’étiolement, disons l’atrophie, des espaces de vie. Les animaux n’ont simplement plus de lieu pour vivre, et par conséquent, ils meurent.

Alors évidemment ceci pose un certain nombre de question, et je voudrais juste donner un exemple parmi des centaines d’autre que l’on pourrait trouver, des conséquences que cela aura sur l’humanité : Un effet secondaire, peut-être d’autre inférieur, on fait en ce moment face à une crise en Europe majeure avec cet afflux de réfugies qui à mon sens d’ailleurs est traité de façon absolument scandaleuse, puisque nous n’accueillons pas ces pauvres gens qui meurent devant nos frontière clause.

On parle de quelque centaine de millier de réfugiés. On sait aujourd’hui de chiffre officiel, que nous aurons entre 200 millions et un milliards de réfugiés climatique dans 30 ans, pas 5 siècles, 30 ans. Ce qui si tout se passe bien nous allons vivre, et où nos enfant seront dans la force de l’âge.

“Que voulez vous qu’il se passe ? Cela ne peut pas être chose que la guerre…”

Ce n’est as un fantasme catastrophique, c’est une analyse géostratégique élémentaire. Nous sommes donc en train de décider de léguer à nos enfants un monde en guerre. Moi j’avoue que je n’ai plus peur maintenant de parler de fin du monde. De la possibilité en tout cas d’une fin du monde. Bien sur en tant qu’astrophysicien, je sais bien que la terre continuera de tourner autour du soleil après tout cela. Mais enfin ce qui fait la spécificité de cette planète, qui fait que l’on a envie de se battre pour elle, c’est précisément cette diversité autour de nous, c’est précisément la que se trouve sa beauté, son unicité, sa fragilité. Sans cela, elle n’aurait plus aucun intérêt, plus aucune spécificité.

Alors, on m’objecte, parfois que ce n’est pas la fin du monde, mais seulement la fin de l’humanité. J’ai très souvent cette objection. Je ne la comprends pas. D’abord car la fin de l’humanité n’est heureusement pas encore acté, ensuite, parce que ce ne serait quand même pas un détail…. Aucune guerre jusqu’à maintenant n’a tué l’humanité, et pourtant elles ont été tragique, et enfin c’est oublié les 7 millions d’espèces animale avec lesquelles nous partageons ce petit ilot d’univers, et qui sont, stricto sensu, dans cette aventure, nos otages.

“Il n’est pas trop tard pour éviter une amplitude […] encore plus conséquent que celui ci”

La deuxième objection récurrente, consiste à dire qu’il est trop tard, et je ne la comprends pas non plus. Il est évidemment trop tard pour que rien ne se soit passé, il est évidemment trop tard pour qu’il n’y ait pas des conséquences dramatiques, il y en aura, elles sont déjà à l’œuvre, pour autant, il n’est évidemment pas trop tard pour éviter que cela soit encore pire. C’est exactement ce qui se passe dans chacun des grands défis auquel nous avons été confrontés. La dernière guerre mondiale, à fait 60 millions de mort, c’est une tragédie absolue, mais s’il y en avait eu 400 millions cela aurait encore pire. Il est trop tard pour éviter le drame, mais il n’est pas trop tard pour éviter une amplitude, une ampleur et un déversement du désastre encore plus conséquent que celui ci…

Alors pour moi la question cardinale à ce stade, est de se demander quand à été commis la faute, pas la faute au sens théologique, mais la faute au sens écologique. Quand sommes nous partis sur ce que le philosophe Gilles Deleuze appellerait “une ligne de mort”. Et je crois que la réponse est assez inquiétante, car en réalité, ce n’est pas récent, ce n’et pas l’apanage de la modernité ou de l’ère industrielle. Nous avons aujourd’hui des documents étayés, des études scientifique très sérieuses, qui tendent à montrer que dans un passé très reculé, quand nous étions encore chasseurs/cueilleurs, dès lors qu’une zone du globe était colonisée par les humains, il y avait une extinction massive de la macro faunes, je veux dire bien au delà des simples prélèvements associé à l’alimentation.

Ca c’est un peu contrariant car ce qui semble se dessiner ici, est un comportement endémique à ce que nous sommes, ce qui signifie, que l’enjeu, n’est pas de renouer avec un passé fantasmé qui n’a jamais eu lieu, pendant lequel nous aurions été dans une sorte d’équilibre bien faisant avec la nature. L’enjeu est d’inventer un avenir radicalement autre. Cet enjeu est immense. Je ne sais pas si nous saurions relever ce défi, mais je crois que nous serions plus coupable encore de ne pas le tenter.

L’appel à l’action

C’est la raison, pour laquelle, on n’a publié il y a quelque jour un appel qui a été bien relayer par le journal « LE MONDE », et beaucoup d’autre média, avec 200 personnes qui sont des scientifiques, professeurs au Collège de France, membres de l’académie des sciences, des artistes, des intellectuels, des acteurs,… cet appel ne dit pas grand chose car il est très court, on le voulait percutant. Mais il dit quand même quelque petites choses pas totalement négligeable.

La première chose que nous avons voulu marteler, c’est qu’il faut que la reception du sérieux change de camps. On ne peut pas continuer à faire comme si la pensé écologiste était l’apanage de quelque doux dingues et le dogme d’une croissance immodérée était l’apanage des gens sérieux. C’est exactement l’inverse. Il faut que cette idée pénètre la société. Aujourd’hui prôner une croissance continu revient exactement à dire « on est face au gouffre : accélérons » On ne peut pas continuer comme ça. Ce qui ne remet pas en cause les bienfaits réels qu’il y a eu au niveau de la médecine, de l’hygiène et de l’accès à l’alimentation à des pays pauvres dernièrement, des questions complètements différentes.

Le deuxième point que nous avons souhaité souligner, c’est qu’il faut des mesures politiques concrètes, coercitives, impopulaires, s’opposant à nos libertés individuelles. On ne peut plus faire autrement. Ca c’est un sujet débattu, peut-être que certains ne seront pas d’accord, mais ce que je crois fermement, c’est que l’appel à la responsabilité individuelle est nécessaire mais insuffisant.

Pourquoi ? Parce que aujourd’hui tout le monde sait que n’on va à la catastrophe. Les négationniste sont de plus en plus rare, et ne sont pas crédibles :

“et pourtant rien ne change.”

Oui, nous sommes faibles, et nous sommes ainsi faits. Si nous étions en retard au volant d’une grosse voiture sur l’autoroute nous roulerions presque tous à 200 km/h si cela était autorisé, mais en même temps nous sommes suffisamment sages pour savoir que l’existence de lois qui nous empêchent de le faire parce que l’on met notre vie et celle des autres en danger, est nécessaire. Donc on peut simultanément être incapable de se raisonner à l’échelle individuelle, ce qui est notre cas globalement, mais être capable de comprendre que nous avons besoin d’être raisonner à l’échelle collective.

Donc nous devons exiger des pouvoirs publics des mesures réelles, c’est à dire que des discours, la main sur le cœur, maintenant n’ont plus aucun intérêt, qui sont concrète, et qui sont impopulaire, car elles vont forcément s’opposer à un peu de notre confort. Cela dit, ce n’est quand même qu’une perte de liberté apparente, parce que quand on dit à un jeune enfant, je lui dis « je t’interdis de casser ton jouet », bien sur on entrave sa liberté de l’action dans ‘instant, mais c’est pour qu’il ait précisément la liberté de pouvoir y revenir par la suite, et d’y jouer pendant toute son adolescence. Donc il faut aussi redéfinir nos valeurs en ce geste.

“il faut harceler le pouvoir politique”

Le troisième et dernier point que nous avons voulu souligner, c’est qu’il faut harceler le pouvoir politique, pour que l’écologie soit considérée comme une priorité, ça ne peut plus être une préoccupation de 4eme niveau comme c’est le cas jusqu’à maintenant, ca ne peut simplement plus l’être, et ça je crois que c’est très important que nous martelions la nécessitée qu’il en soit ainsi, dans cet appel, nous disons explicitement que plus aucun pouvoir politique qui ne ferait pas de l’écologie sa priorité n’est aujourd’hui crédible. Une formation politique, une gouvernance politique qui ne fait pas de la sauvegarde du monde sa priorité, est simplement ubuesque, nous n’en voulons plus, elle n’a plus aucune légitimité. Voila le message que je crois la société doit maintenant marteler.

Et la je crois que l’enjeu est très clair pour les décideurs. Soit ils sont, car ils savent aujourd’hui plus que leur prédécesseur, les pires lâches de l’histoire, et ils auront une responsabilité sans précédent, soit ils sont les premiers héros. Mais pour être les premier héros, quelques beaux discours, et un peu de green-washing ne vas pas suffire, il faudra se fâcher, il faudra s’opposer aux lobbies, il faudra prendre les mesures difficiles. C’est très exactement à eux qu’appartient de prendre cette responsabilité, c’est exactement pour cela que nous avons créé le politique. Le politique sert à ça, à nous sauver de ce types de situation, s’ils ne le font pas, ils ne servent à rien.

En conclusion, j’ai vu hier, une tribune dans les échos. Les échos ce n’est quand même pas exactement un journal anarcho-communiste à tendance écolo, qui expliquait que notre inconséquence écologique était « une folie », et que le comportement actuel de la France qui ne suit pas ces propres engagements est une tartufferie », on ne peut plus être tartuffe pour ce qui est de l’avenir du monde. On ne le peut plus.

Une autre tribune publié dans Libération, signé par de nombreux scientifiques,

“je crois qu’il faut envahir l’espace médiatique, et au-delà…”

Alors l’enjeu pour conclure, j’aime assez qu’il soit placé sous l’égide d’un nouveau contrat social avec le vivant. La figure tutélaire de Rousseau, est assez bien bienvenu, car il y a 2 contrat sociaux chez Rousseau, celui dans lequel le peuple s’aliène dans l’autorité du souverain, et celui dans lequel le peuple se fonde en tant que tel, je crois qu’aujourd’hui le défi est bien sur de déconstruire un certain nombre de valeur et de notre acharnement technocratique, mais c’est aussi de repenser ce concept de peuple ou ce seul sens qui est aujourd’hui véritablement un avenir, qui est celui de la grande tribut des vivants…

 

Le véritable espoir est accompagné d’action ; sinon il ne s’agit que d’un souhait.

Hikam

https://www.nouvelobs.com/planete/20180903.OBS1701/climat-200-personnalites-lancent-un-appel-face-au-plus-grand-defi-de-l-humanite.html

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